Les actualités

Conduite et handicap

Quand la motivation pour l'autonomie et la liberté permet de concrétiser son projet de conduite; Voici le témoignage d'Annie :

Etant atteinte d'une maladie neuromusculaire, j'ai cependant pu apprendre à conduire vers l'âge de 20 ans sur une voiture automatique. Ma maladie ayant évoluée au fil des années, j'ai dû arrêter de conduire car, j'ai estimé que je n'avais plus assez de forces pour tourner le volant et freiner bien que ceux-ci soient sur-assistés : ça devenait trop dangereux. Au moment où j'ai arrêté de conduire, les aides un peu exceptionnelles palliant le handicap à la conduite commençaient tout juste à apparaître. Je n'ai cependant pas franchit le pas, par manque d'informations et du fait de leurs coûts très élevés.

20 ans après avoir renoncé à mon projet de conduite, et après avoir été totalement dépendante de ma famille puis des transports spécialisés pour me déplacer, j'ai vu un reportage du Téléthon dans lequel une jeune femme bien plus gravement handicapée que moi, conduisait sa voiture avec des joysticks. j'ai juste sauté sur l'occasion pour démontrer à ma famille très effrayée et réfractaire à ce que je conduise, que c'était de l'ordre du possible. Restait les prix prohibitifs qui malheureusement, n'avaient pas vraiment baissés en 20 ans...

 j'ai donc commencé par étudier très sérieusement la faisabilité d'un tel projet. Je me suis orientée vers les services de l'AFM aptes à me conseiller : ils m'ont fait connaître le CEREMH, association accompagnant les personnes handicapées vers des solutions de mobilité. Je n'ai pas été déçue et y ai trouvé beaucoup d'informations permettant de comprendre le chemin à parcourir, les aides possibles à trouver, et une foule de détails à savoir dans un tel projet.

Le CEREMH a la possibilité de vous faire passer une Evaluation à la Conduite. Encadré par un Enseignant à la Conduite et une Ergothérapeute de l'association, un essai sur route est effectué sur une de leur voiture aménagée : ainsi on peut tester et sélectionner l'aide technique la plus adéquate à sa pathologie. Un compte-rendu vous est envoyé avec leur avis sur votre capacité à conduire. Ce document m'a été très précieux pour passer devant le médecin de la Préfecture, qui l'a regardé en priorité pour rendre son avis.

L'étape suivante a été de réactualiser mon permis de conduire, donc de repasser mon permis pratique afin de prouver que je savais me servir pour conduire des deux joysticks préconisés par le CEREMH. L'enseignant à la conduite de l'association m'a alors donné un nombre suffisant de cours de conduite pour parvenir à obtenir la régularisation de mon permis.  Patience, bienveillance et connaissance  du handicap sont les qualités qui ont été les siennes.

 j'ai dû trouver des solutions pour réduire le coût assez effarant du projet. Au moment de sa mise en route, il se trouvait qu'il me fallait aussi changer de fauteuil roulant électrique, donc il était nécessaire d'ajouter son coût au projet : en effet je conduirais en mettant directement mon fauteuil au poste de conduite, et donc il me fallait un fauteuil qui soit homologué à la conduite (crash-testé). La facture finale du projet, fauteuil compris se montait à 110 000 euros... Je ne pouvais pas prétendre à toucher une aide de l'AGEPHIP car, étant en invalidité et ne pouvant plus travailler, je n'y avais pas droit : cette aide est réservée pour faciliter les trajets pour se rendre à son travail. j'ai par contre pu solliciter la MDPH pour le fauteuil et la voiture via deux aides qui m'ont été favorables : la PCH et le FDC. J'ai pu obtenir l'entière prise en charge de mon fauteuil roulant en ajoutant une aide financière de l'AFM, tout ceci ayant allégé la facture totale. Ensuite, ma solution a été d'acheter une voiture d'occasion que mon équipementier automobile LENOIR m'a proposée : la voiture n'avait que peu de kilomètres, et était déjà décaissée avec un accès automatisé à l'arrière du véhicule déjà monté, donc une partie des aménagements qui m'étaient nécessaires déjà installés. C'est un véritable coup de chance, car les occasions ne sont pas si faciles à trouver. Enfin, mon dernier truc pour réduire les coûts, a été de financer l'achat de la voiture et le reste à charge, à deux : j'ai acheté la voiture avec mon père, ainsi la voiture appartient à lui et à moi. Sans lui, je crois que je n'aurais pas sauté le pas. Ainsi nous avons financés chacun environ une voiture et demie (si une voiture normale coûte à peu près 20 000 euros).

 Le projet jusqu'à son aboutissement a duré 4 ans, dont 1 an où je suis tombée malade et ai dû le mettre en suspens pour pouvoir guérir.  Je rends hommage à tous les acteurs qui ont permis sa réalisation, rendue assez pointue avec mon degré de handicap, à savoir : le CEREMH, l'AFM, la MDPH, l'équipementier automobile LENOIR, ainsi que ma famille. Chacun d'eux ont été des maillons essentiels.



Navigation

Social Media